De Janvier à Juillet 2018, j’ai travaillé comme Professeur d’anglais dans un collège français, une grande nouveauté sur mon CV davantage centré sur l’enseignement du FLE à l’étranger. Aujourd’hui, je vous dis tout sur cette drôle d’expérience!

 

Déjà : pourquoi ce choix?

Lorsque je suis revenue vivre en France pendant l’été 2017, mon plan, à la base, était de continuer à diriger mon entreprise australienne depuis la France en donnant mes cours de FLE sur Skype. Malheureusement, très peu d’étudiants étaient intéressés par cette option (à cette époque, ça a changé depuis, mais j’y reviendrai en fin d’article). Pendant quelques mois, il y a environ un an d’ailleurs (je viens de réaliser!) je ne donnais du coup que environ trois heures de cours par semaine et cela ne me suffisait clairement pas, tant au niveau financier que personnel (je n’aime pas rester chez moi à tourner en rond et ne rien faire, regarder toute une saison de série en une journée, ça va une fois). J’ai voulu développer mon entreprise et trouver des contrats en traduction et rédaction, j’ai aussi essayé de trouver des heures de FLE supplémentaire dans des écoles linguistiques : sans grand succès, je vous en avais d’ailleurs parlé dans plusieurs articles, notamment ici.

Je me suis alors dit que je pouvais toujours poser ma candidature pour être Prof dans l’Education Nationale et voir ce que ça donne.

 

Comment devenir Prof dans l’Education Nationale?

J’ai donc postulé pour être Professeur Contractuelle, c’est-à-dire remplaçante, mais avec les mêmes tâches et responsabilités qu’un titulaire.

Il n’est pas nécessaire d’avoir le Capes : une Licence dans la matière enseignée est suffisante, une expérience dans l’enseignement est un plus (certaines Académies semblent être plus exigeantes que d’autres sur ce dernier point). Vous pouvez postuler pour être prof de FLE dans l’Education Nationale mais les postes sont très rares. Donc comme j’ai une Licence d’anglais, j’ai postulé comme Prof d’Anglais, où là par contre les postes sont nombreux.

La démarche à suivre, en résumé : vous devez d’abord créer votre profil sur le site de l’Académie de votre choix (étant à ce moment là basée entre Carcassonne et Narbonne dans l’Aude, je me suis donc inscrite sur le site de l’Académie de Montpellier), puis fournir divers documents tels que : scans de vos diplômes, CV et lettres de motivation, ou encore extrait de casier judiciaire. Je vous invite d’ailleurs à vous rendre sur le Blog de Kenza de Cups of English Tea qui explique en détail toute la démarche à suivre.

Lorsque vous créez votre profil, vous indiquez la matière que vous souhaitez enseigner, si vous voulez travailler à temps plein ou à temps partiel, si vous avez une préférence sur le type de public (collège ou lycée) et dans quel département de l’Académie vous souhaitez travailler. J’avais donc indiqué que je souhaitais enseigner l’anglais, peu importe le public et le nombre d’heures, et dans l’Aude.

Une fois votre profil créé, vous devez attendre qu’il soit validé, puis normalement le Rectorat vous contacte pour vous faire passer un entretien, et si votre entretien se passe bien alors on vous propose un poste. Dans mon cas, les choses ne se sont pas passées exactement comme ça. J’ai créé mon profil en Août… et je n’ai eu des nouvelles du Rectorat qu’en Novembre, avec un email où on me demandait de renvoyer les pièces justificatives. J’aurais pu les relancer entre Août et Novembre, mais je pensais juste que ma candidature, pour telle ou telle raison, n’avait pas été retenue.

Donc vers fin Novembre, j’ai renvoyé les papiers demandés. C’est aussi à ce moment là que j’ai déménagé et que je suis partie vivre dans la région de Beziers, dans le département de l’Herault. Au hasard et sans grande conviction, je suis retournée sur le site de l’Académie de Montpellier et j’ai changé mon choix de département. Ca n’a pas loupé : une semaine plus tard, j’ai reçu un appel du Rectorat me proposant, direct, un poste comme Prof d’Anglais à temps plein dans un collège du département de l’Herault du mois de Janvier jusqu’à la fin de l’année scolaire! Nous étions à ce moment là mi Décembre et j’étais littéralement ma valise dans une main et mon téléphone dans l’autre main sur le point de monter dans l’avion pour aller aux Iles Canaries (super timing). Je leur ai expliqué cette situation loufoque et ils m’ont proposé de les rappeler en début de semaine suivante pour leur donner ma réponse (la semaine juste avant les vacances de Noel donc).

Une fois la tête posée dans mon hôtel des Canaries, j’avais cherché quelques infos sur le collège : en pleine campagne, à 50 minutes en voiture de chez moi (j’habitais plus près du collège lorsque j’habitais dans l’Aude!), pas de gare proche, j’étais un peu surprise qu’on ne m’ait pas fait passer d’entretien et qu’on m’ait directement proposé un poste. J’ai découvert plus tard que beaucoup de contractuels avaient refusé de travailler dans ce collège parce qu’il était trop isolé et que le Rectorat était vraiment désespéré !!!!

Grande réflexion : je n’étais pas sûre de pouvoir tenir des classes d’ados, je n’avais jamais enseigné l’anglais dans un contexte formel, je n’avais d’ailleurs jamais travaillé dans l’Education Nationale, je venais d’aménager près de Beziers et je n’avais pas eu le temps de faire des recherches pour remettre mon business sur les rails et trouver d’éventuels nouveaux étudiants. Mais j’avais vraiment besoin de retravailler, et pourquoi pas enrichir mon CV avec cette nouvelle expérience! So let’s go!

Ma rentrée de Prof Contractuelle :

Jour de la rentrée de Janvier 2018. Je suis montée dans ma petite Twingo française et j’ai conduit sur cette route que j’ai par la suite fait je ne sais combien de fois. C’est une route qui traverse la région viticole du Minervois, un jour je devrais la refaire dans un but purement touristique et non professionnel ^^

“Vous êtes arrivé à destination”… et je me suis retrouvée dans un village tout petit, tout mimi, quelques commerces et restaurants, et le collège, tout petit, et c’est à peu près tout! J’aime la campagne, j’étais servie!

J’ai été accueillie par la Principale du collège : petit briefing sur mon statut, ma signature de contrat (tous les mois dans mon cas, mais certains contractuels ont des contrats à l’année), mon emploi du temps. Puis j’ai eu droit à une visite des lieux (très rapide), j’ai découvert MA salle, la salle des profs, mon casier… La principale m’a ensuite donné mes codes photocopieuse, logiciel des profs et parking ; mon jeu de clés, mes manuels, les coordonnées de l’autre prof d’anglais du collège… et c’est à peu près tout!!!! Je vous laisse imaginer ma tête, mes bras chargés de livres et documents, debout seule dans la salle des profs, à me demander : “Ok, je fais quoi maintenant???”

Je n’avais pas de cours ce jour là, je suis alors restée sur place, pour observer les élèves, rencontrer mes collègues… et surtout rencontrer ma collègue autre prof d’anglais du collège, qui m’avait alors rassurée sur les élèves (“peu motivés par l’anglais mais sympas”) et sur les prépas de cours (“je t’enverrai des documents pour t’aider pour les premières semaines”)

 

Et comment ça s’est passé?

Mmmmhhh, comment dire… Disons qu’il y avait des jours avec et des jours sans! J’enseignais l’anglais à une classe de 6eme, deux classes de 5eme, deux classes de 4eme et deux classes de 3eme. Et je me suis rapidement rendue compte que j’avais en majorité les classes et les élèves dont tout le monde se plaignait. Honnêtement, ils n’étaient pas si horribles que ça, on était à la campagne et pas en banlieue parisienne. Mais ils restent des ados, et ce qui m’a vraiment dérangé, c’est leur manque de motivation et d’intérêt, leur ignorance totale, et surtout les bavardages permanents qui m’ont presque coûté mes cordes vocales. J’ai aussi été frustrée par la lenteur de leur apprentissage : quand un cours dure 50 minutes, que les élèves arrivent en retard et mettent trois plombes à s’installer, et que le prof passe la moitié du temps restant à faire le flic, il reste peu de temps pour vraiment faire cours.

Il faut dire que j’ai été trop habituée à travailler dans des écoles privées, avec des élèves motivés, qui payent pour suivre des cours qui les passionnent, avec des cours qui durent parfois trois heures. 50 minutes avec des ados désintéressés, ce n’est pas du tout la même chose. Mais le prof doit savoir s’adapter, et c’est ce que j’ai fait.

J’ai également eu droit à des situations administratives cauchemardesques : avec mes avenants de contrats non envoyés ou perdus par le Rectorat. Et sans contrat, il n’y a pas de paye! Je n’ai pas été payée pendant deux mois à la suite. Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée à la limite de l’interdit banquaire, avec l’Education Nationale comme employeur, comme quoi… J’avais du harceler le Rectorat pour avoir une avance, peu importe le montant, car je n’avais même plus suffisamment d’argent pour payer l’essence pour venir au travail.

Heureusement, il y a eu énormément de positif. J’avais deux classes où les élèves étaient supers, j’avais aussi les p’tits mignons assis au premier rang des classes qui me faisaient la misère qui eux m’écoutaient avec attention. J’avais des supers collègues qui m’ont épaulée dans de nombreuses situations, que ce soit lorsque j’ai eu des difficultés avec certains élèves ou certaines classes, ou encore lorsque j’ai du apprendre à utiliser le logiciel des profs, ou que j’ai du harceler le Rectorat. J’ai énormément appris, que ce soit sur la gestion de classe, l’enseignement de l’anglais, et même sur moi-même. J’ai découvert de nouveaux aspects de l’enseignement tels que l’écriture des bulletins, les conseils de classe, les réunions parents-profs, la surveillance du brevet, mais aussi les punitions, les appels aux parents et les heures de colle (que les profs doivent surveiller eux-même). J’ai passé des heures et des heures à corriger des copies (je n’avais jamais eu autant de classes en même temps dans ma carrière de prof) tout en buvant des litres et des litres de café. Et puis il y a eu la fête de fin d’année, où la majorité de mes élèves (les petits merdeux) ont préféré rester chez eux et où l’équipe enseignante s’est retrouvée à faire la fête avec les élèves mignons, les p’tits chouchoux qui eux me manqueront…

Ce n’était pas facile tous les jours, je suis parfois allée au travail en trainant les pieds. Heureusement, la moitié des profs venait aussi de Beziers et je venais en covoiturage avec eux presque tous les jours, et plaisanter avec les collègues sur le trajet rendait déjà la journée plus facile. La salle de classe reste mon élément, je repense avec le sourire aux élèves mignons qui m’ont tous dit à la fin de l’année “Madaaaame, on espère que vous reviendrez l’année prochaine, vous allez nous manquer!!!” (trop chou), et même si j’ai failli plus d’une fois m’arracher les cheveux (ou ceux des élèves^^), grâce aux élèves mignons et à tout ce que j’ai appris, ce fut une expérience positive que je ne regrette absolument pas.

 

Et maintenant?

J’ai pris des vacances bien méritées pendant le mois de Juillet… Puis je me suis remise au travail, avec mon entreprise! J’avais beau avoir 20 heures de cours par semaine comme Prof d’Anglais, (et environ le même nombre d’heures en prépa, réunions et travail administratif), je n’ai jamais laissé tomber mes cours sur Skype avec mes étudiants australiens, mon emploi du temps m’ayant permis de garder un jour dans la semaine uniquement pour mon business. Cet été, j’ai enfin pu commencer à prospecter et trouver de nouveaux étudiants en cours individuels dans la région de Beziers, plusieurs anciens étudiants d’Australie se sont enfin lancés dans les cours sur Skype, et j’ai également quelques heures de cours (juste du temps partiel, en complément) dans une petite école linguistique de Narbonne où j’enseigne le FLE et l’anglais, pour avoir une petite sécurité financière en cas de mauvais mois pour mon entreprise. A suivre, j’ai l’intention de vous en parler ici très vite!

 

Et vous, est ce que vous avez déjà été contractuel dans l’Education Nationale?

Comment s’est passée votre expérience?

Si vous avez de l’expérience comme Prof dans le système éducatif d’un autre pays, je suis également très curieuse d’avoir votre retour sur cette expérience!

2 thoughts on “Mon expérience comme Prof d’anglais contractuelle en France.”

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